L’orientation de la République centrafricaine en matière d’atténuation
La République centrafricaine (RCA) s’inscrit dans une trajectoire de développement sobre en émissions de gaz à effet de serre (GES), tout en tenant compte de ses priorités de développement économique et social, de ses capacités nationales et de ses besoins en matière d’accès à l’énergie, de sécurité alimentaire et de gestion durable des ressources naturelles.
La politique nationale d’atténuation repose principalement sur la réduction progressive des émissions dans les secteurs de l’agriculture, de la foresterie et de l’utilisation des terres, de l’énergie, des procédés industriels et de l’utilisation des produits, ainsi que des déchets.
Cette orientation est portée notamment par la Contribution déterminée au niveau national (CDN 3.0), qui prolonge l’horizon de planification jusqu’en 2035 et renforce l’approche sectorielle, avec des mesures associées à des indicateurs, des valeurs de référence, des cibles et des mécanismes de suivi.
Le profil des émissions de gaz à effet de serre de la RCA
Selon la CDN 3.0, les émissions nationales de GES ont été réévaluées sur la base d’un renforcement du contrôle et de l’assurance qualité des données. Les émissions nationales de 2010 sont ainsi estimées à 5 067 GgCO₂-éq, contre une estimation supérieure à 10 000 GgCO₂éq dans la CDN précédente.
En 2022, les émissions nationales sont estimées à environ 3 986 GgCO₂-éq. Elles sont principalement concentrées dans le secteur agricole, suivi du secteur de la Foresterie et autres utilisations des terres (FAT).

Cette répartition montre que les politiques d’atténuation de la RCA doivent prioritairement porter sur les pratiques agricoles, la gestion durable des forêts et des terres, tout en accompagnant la transition énergétique et l’amélioration progressive des secteurs de l’industrie et des déchets.
La RCA, un important puits de carbone
Au-delà de ses émissions, la RCA dispose d’un potentiel considérable de séquestration du carbone grâce à son patrimoine forestier et à ses écosystèmes.
En 2022, le secteur de la Foresterie et autres utilisations des terres (FAT) présente une absorption nette estimée à -394 624 GgCO₂-éq. Les forêts naturelles et les pratiques agroforestières constituent ainsi un levier majeur de séquestration du carbone.
La politique d’atténuation vise donc à préserver ce rôle de puits de carbone, tout en limitant les émissions liées à la déforestation, à la dégradation des forêts, aux feux de savane et aux changements d’affectation des terres.
À l’horizon 2035, la mise en œuvre des mesures prévues dans la CDN 3.0 pourrait permettre d’améliorer l’absorption du secteur FAT par rapport au scénario tendanciel :
· Scénario tendanciel : -387 844 GgCO₂-éq ;
· Scénario inconditionnel : -407 449 GgCO₂-éq ;
· Scénario conditionnel : -409 369 GgCO₂-éq.
Le scénario conditionnel correspond à un gain d’absorption de 5,55 % par rapport au scénario tendanciel.
Les objectifs nationaux d’atténuation à l’horizon 2035
La CDN 3.0 fixe une trajectoire d’atténuation jusqu’en 2035, avec deux niveaux d’engagement :
· Un objectif inconditionnel, pouvant être réalisé à partir des ressources et capacités nationales
· Un objectif conditionnel, dont l’atteinte dépend notamment de la mobilisation de financements, de technologies et d’un appui international.
Selon les projections de la CDN 3.0, les émissions nationales pourraient atteindre 5 558 GgCO₂éq en 2035 dans le scénario tendanciel.
La mise en œuvre des mesures d’atténuation permettrait de ramener ce niveau à :

À l’horizon 2035, l’ambition nationale peut ainsi être résumée par une réduction d’environ 14 % dans le scénario inconditionnel et jusqu’à 17 % dans le scénario conditionnel.
Les secteurs prioritaires de l’atténuation
Agriculture
L’agriculture constitue le principal secteur émetteur de GES en RCA. La politique d’atténuation vise notamment à favoriser une agriculture plus productive et plus durable, à réduire les émissions liées aux pratiques agricoles et à promouvoir l’agroforesterie.
Les principales orientations concernent notamment :
· L’amélioration de la productivité agricole
· Le développement de l’utilisation des engrais organiques
· La promotion de l’agroforesterie
· La réduction progressive des pratiques contribuant à la dégradation des terres
· Le développement de systèmes de production plus durables
Foresterie et autres utilisations des terres
Le secteur FAT constitue à la fois une source importante d’émissions et le principal levier de séquestration du carbone du pays.
Les orientations nationales portent notamment sur :
· La réduction de la déforestation et de la dégradation des forêts
· La réduction de la pression liée à l’agriculture sur brûlis
· La restauration des terres dégradées
· Le reboisement
· Le développement de l’agroforesterie
· La conservation des forêts naturelles
· Le renforcement du suivi des ressources forestières et du carbone.
Énergie
La politique d’atténuation dans le secteur énergétique vise à accompagner l’augmentation de l’accès à l’énergie tout en réduisant progressivement la dépendance aux sources fortement émettrices.
Les principales orientations comprennent :
· Le développement des énergies renouvelables
· L’amélioration de l’efficacité énergétique
· Le développement de l’électrification rurale
· La réduction de la dépendance des ménages à la biomasse
· La promotion de solutions de cuisson plus efficaces
· Le développement de solutions solaires et de mini-réseaux.
La CDN 3.0 prévoit notamment une progression de la part des énergies renouvelables dans la capacité électrique installée, ainsi qu’une augmentation de la capacité de production renouvelable à l’horizon 2035.
Procédés industriels et utilisation des produits
Dans le secteur des PIUP, l’action d’atténuation porte notamment sur la maîtrise des émissions liées aux fluides frigorigènes et sur l’adoption progressive de technologies utilisant des réfrigérants à faible potentiel de réchauffement global.
Selon la CDN 3.0, les mesures envisagées pourraient permettre une réduction des émissions du secteur de près de 49 % dans le scénario inconditionnel et de 51 % dans le scénario conditionnel à l’horizon 2035, par rapport au scénario tendanciel.
Déchets
Le secteur des déchets représente actuellement une faible part des émissions nationales, mais son importance est appelée à augmenter avec la croissance urbaine.
La politique nationale privilégie notamment l'amélioration de la gestion des déchets, la réduction du brûlage à l'air libre, le développement progressif de systèmes de collecte et de traitement adaptés et le renforcement des capacités des collectivités locales.
La CDN 3.0 souligne toutefois que les solutions d’atténuation doivent être adaptées aux capacités techniques et institutionnelles existantes afin d’éviter une augmentation des émissions de méthane liée à des systèmes de traitement incomplets.
Les principales orientations de la politique d’atténuation
La politique d’atténuation de la RCA peut ainsi être résumée autour de plusieurs orientations majeures :
Préserver les puits de carbone
Protéger les forêts et les écosystèmes naturels afin de maintenir et renforcer leur capacité de séquestration du carbone.
Réduire la déforestation et la dégradation des terres
Agir sur les principales causes de la déforestation, notamment l’agriculture sur brûlis, les feux et les changements d’affectation des terres.
Promouvoir une agriculture durable
Améliorer la productivité tout en développant l’agroforesterie, les pratiques agricoles durables et l’utilisation d’intrants organiques.
Accélérer la transition énergétique
Développer les énergies renouvelables, améliorer l’efficacité énergétique et réduire progressivement la dépendance à la biomasse traditionnelle.
Développer des infrastructures et technologies à faibles émissions
Encourager l’utilisation de technologies plus propres dans les secteurs de l’énergie, de l’industrie, du bâtiment et de la gestion des déchets.
Renforcer le suivi des émissions et des absorptions
Améliorer les données, les indicateurs et les systèmes de Mesure, Notification et Vérification (MNV) afin de suivre les progrès réalisés et d’alimenter les rapports nationaux de transparence.
Cadre stratégique et institutionnel
La politique d’atténuation s’inscrit dans le cadre de la Contribution déterminée au niveau national (CDN) de la RCA et des différentes politiques et stratégies sectorielles nationales.
Elle est notamment articulée avec les politiques et stratégies relatives :
· À l’agriculture et au développement rural ;
· À la gestion durable des forêts et des terres ;
· À l’énergie et à l’électrification ;
· À l’industrie ;
· À la gestion des déchets ;
· Au développement durable.
La mise en œuvre des engagements climatiques repose sur une coordination entre le ministère en charge de l’environnement et les différents départements techniques concernés. La CDN 3.0 renforce cette approche à travers un cadre de suivi fondé sur des données, des indicateurs et le système de Mesure, Notification et Vérification (MNV).
Suivi de la mise en œuvre
La CDN 3.0 adopte une approche plus mesurable de la politique d’atténuation. Les mesures sont associées à des valeurs de référence, des indicateurs de performance et des cibles à différents horizons.
Ce dispositif permet de suivre :
· L’évolution des émissions de GES
· Les réductions d’émissions réalisées
· L’évolution des absorptions et de la séquestration du carbone
· Les progrès réalisés par secteur
· La mise en œuvre des mesures d’atténuation
· Les besoins en financement et en appui technique
Les résultats du suivi contribuent également à l’amélioration de la transparence climatique et à la préparation des futurs rapports nationaux, notamment dans le cadre du Rapport Biennal de Transparence (BTR).