La vision de la RCA en matière d’adaptation
Face à l’évolution du climat et à la vulnérabilité de son économie et de ses populations, la République centrafricaine fait de l’adaptation au changement climatique une priorité de sa politique de développement.
À l’horizon 2035, la RCA ambitionne de construire une économie et une société résilientes aux changements climatiques, fondées sur cinq transformations majeures :
· La sécurisation des ressources naturelles et énergétiques
· La transformation durable de l’agriculture
· La valorisation écologique des forêts et des terres
· La gestion intégrée de l’eau et des services essentiels
· Le renforcement de la résilience des territoires, des infrastructures et des populations
Cette vision repose sur une approche intégrée et territoriale qui associe adaptation, développement économique, gouvernance, innovation et inclusion sociale. Les femmes, les jeunes, les personnes en situation de handicap, les personnes déplacées et les peuples autochtones sont considérés comme des acteurs essentiels de la résilience climatique.
Une politique d’adaptation inclusive
La résilience climatique ne peut être atteinte sans prendre en compte les populations les plus vulnérables. La CDN 3.0 intègre ainsi systématiquement les dimensions genre, jeunesse, peuples autochtones, etc.
Cette approche vise à garantir que les investissements et les programmes d'adaptation bénéficient directement aux populations les plus exposées aux risques climatiques.
La politique d'adaptation intègre également le lien entre climat, paix et sécurité, notamment dans les zones où la pression sur les ressources naturelles peut renforcer les conflits entre communautés.
La CDN prévoit ainsi 2 initiatives en 2030 et 3 en 2035 dans le domaine climat–paix–sécurité, ainsi que des projets pilotes de gestion concertée des ressources naturelles dans plusieurs zones transfrontalières.
Un effort financier important pour l’adaptation
La mise en œuvre de cette politique nécessite des investissements importants.
Sur la période 2025–2035, le coût estimatif des mesures d'adaptation est de 554,3 millions USD dans le scénario inconditionnel, 2,10 milliards USD dans le scénario conditionnel, soit un total potentiel d'environ 2,66 milliards USD.
Dans le scénario inconditionnel, environ 450 millions USD correspondent aux investissements (CAPEX) et 105 millions USD aux dépenses opérationnelles (OPEX).
Dans le scénario conditionnel, les besoins atteignent environ 1,75 milliard USD de CAPEX et 350 millions USD d'OPEX.
Les principaux besoins d'investissement concernent notamment les infrastructures, l'habitat, l'aménagement du territoire, l'énergie, l'agriculture et les ressources en eau.
Le coût de l’inaction climatique
Les impacts du changement climatique ne sont pas uniquement environnementaux. Ils représentent également un risque important pour l'économie et la réduction de la pauvreté.
Selon les scénarios étudiés dans la CDN 3.0, un scénario de statu quo pourrait entraîner, à l'horizon 2050, une perte de PIB comprise entre 1,7 % et 7,8 %.
À l'inverse, dans un scénario de développement résilient au climat, les pertes pourraient être fortement réduites, avec un impact sur le PIB compris entre -3,3 % et +1,9 % par rapport au scénario de référence.
L'augmentation de la pauvreté pourrait également être limitée à environ +1,58 point, contre +4,4 points dans le scénario de statu quo.
L'adaptation constitue ainsi non seulement une réponse aux risques climatiques, mais également un investissement dans la stabilité économique, la sécurité alimentaire et le développement du pays.
Les grandes orientations
La politique d'adaptation de la RCA s'articule autour de six grands domaines prioritaires.
1. Renforcer la résilience énergétique
L'adaptation du secteur énergétique vise à renforcer les infrastructures de production et à réduire la vulnérabilité du système électrique aux variations des ressources disponibles.
La capacité électrique installée, estimée à 90,5 MW en 2025, devrait atteindre : 150 à 195 MW en 2030, et 155 à 210 MW en 2035.
Le taux national d'accès à l'électricité devrait passer de 16 % en 2025 à 50 % en 2030 et 64,7 % en 2035.
L'électrification rurale constitue également une priorité : le taux d'accès, estimé à seulement 2 % en 2025, devrait atteindre 7,2 % en 2030 et 10,7 % en 2035.
L'objectif est ainsi de développer un système énergétique plus robuste, décentralisé et capable de mieux répondre aux risques climatiques.
2. Transformer l’agriculture pour renforcer la sécurité alimentaire
L'agriculture est au cœur de la politique d'adaptation en raison de sa forte dépendance aux précipitations et de son importance pour les moyens de subsistance des populations.
La CDN 3.0 vise notamment à augmenter fortement les rendements agricoles d'ici 2035, grâce à l'utilisation de variétés améliorées, aux engrais organiques, à l'agroécologie, à l'irrigation adaptée et au renforcement des services agricoles.
Principales cibles de rendement

La part des ménages agricoles utilisant des engrais organiques devrait également passer de 0,72 % en 2025 à 1,79–2,2 % en 2030 et 4,46–6,71 % en 2035.
L'objectif est de renforcer simultanément la productivité, la sécurité alimentaire et la capacité des ménages agricoles à résister aux sécheresses et aux autres aléas climatiques.
3. Préserver les forêts et renforcer la résilience des écosystèmes
Les forêts et les autres terres constituent un capital naturel essentiel pour la RCA. La politique d'adaptation vise à améliorer la gouvernance forestière, la surveillance des ressources et la gestion durable des écosystèmes.
La CDN 3.0 fixe notamment comme objectif d'améliorer le suivi des permis d'exploitation, des forêts communautaires et des autres espaces forestiers.
Le taux de suivi devrait passer d'environ 50 % en 2025 à 75 % en 2030 et puis à 100 % en 2035.
La politique prévoit également de renforcer la législation et les mécanismes de partage des bénéfices issus du carbone, en tenant compte des droits des communautés vulnérables.
La résilience des écosystèmes est ainsi considérée comme un moyen de protéger simultanément les ressources naturelles, les moyens de subsistance et les services écosystémiques.
4. Sécuriser les ressources en eau
La gestion de l'eau constitue un autre pilier de la politique d'adaptation, compte tenu de l'augmentation des périodes sèches et de la variabilité des précipitations.
La RCA prévoit de renforcer la Gestion intégrée des ressources en eau (GIRE) et de mettre en place des outils nationaux de planification et de suivi.
À l'horizon 2030, la politique prévoit notamment l'élaboration de :
· Schémas directeurs d'aménagement et de gestion des eaux
· Schémas d'aménagement et d'urbanisme ;
· Système national d'information sur l'eau (SNIEau)
· Plan GIRE
· Stratégie Climat-Eau-Hygiène-Assainissement.
Un système de surveillance de la qualité de l'eau doit également être établi.
La politique fixe aussi des objectifs d'amélioration significative de l'accès à l'eau potable.

La CDN prévoit également que 50 % des ménages bénéficiaires soient dirigés par des femmes.
5. Construire des territoires et des infrastructures résilients
L'adaptation concerne également l'aménagement du territoire, l'habitat et les infrastructures.
La politique nationale vise à mieux intégrer les risques climatiques dans :
· La planification urbaine et territoriale
· Les plans d'occupation des sols
· Les infrastructures de transport et d'assainissement
· Les ouvrages de drainage
· Les logements
· Les infrastructures hydrauliques
Une attention particulière est portée aux zones urbaines exposées aux inondations. Les investissements doivent notamment permettre de renforcer les caniveaux, les bassins de rétention et les systèmes de pompage afin de réduire les impacts des événements extrêmes.
6. Renforcer la résilience du système de santé
Le changement climatique constitue également un risque croissant pour la santé publique, notamment à travers les vagues de chaleur, les maladies liées à l'eau, les maladies vectorielles et les conséquences des événements extrêmes.
La politique d'adaptation prévoit donc de mieux intégrer le changement climatique dans les politiques sanitaires.
Une évaluation de la vulnérabilité du secteur de la santé et de la nutrition doit être réalisée à l'horizon 2030.
À l'horizon 2035, la RCA vise également la mise en place d'un système conjoint d'alerte précoce climat–santé (SCAPS) associant les données météorologiques et hydrologiques à la surveillance épidémiologique.